Le pape Léon XIV élargit les responsabilités de MGR Verny

Mgr Thibault Verny, archevêque de Chambéry est président de la Commission pontificale pour la protection des mineurs. Il voit ses responsabilités s’élargir à la demande du pape Léon XIV.

(Source : la rédaction de Famille Chrétienne, avec Agence I.Media - juin 2026)

Le pape Léon XIV franchit une nouvelle étape dans la lutte contre les abus au sein de l’Église catholique en promulguant, le 13 juin 2026, des statuts renouvelés pour la Commission pontificale pour la protection des mineurs.

Ce texte renforce le rôle de cette instance et introduit un « conseil exécutif » destiné à suivre plus étroitement ses travaux. Il ouvre également la possibilité pour la commission de signaler aux autorités vaticanes des « violations répétées des règles » en matière de prévention des abus.

Instituée en 2014, la Commission pontificale pour la protection des mineurs avait reçu, dès l’année suivante, ses premiers statuts promulgués par le pape. Sa mission était alors d’encourager, au cœur de l’Église, des initiatives en faveur des mineurs et des personnes vulnérables victimes d’abus commis par des clercs, afin de « réparer le préjudice, rendre justice et empêcher, par tous les moyens possibles, la répétition de tels événements ».

Le 20 mai 2026, Léon XIV a approuvé une nouvelle version de ces statuts, valables pour trois ans, à l’occasion d’une audience avec le cardinal secrétaire d’État Pietro Parolin. Ce dernier en a rendu compte dans un rescrit. Le texte élargit explicitement le champ d’action de la commission non seulement aux abus sexuels, mais aussi aux « autres formes d’abus qui y sont liées », incluant notamment les abus de pouvoir et de conscience.

Confirmation et approfondissement des réformes engagées

Ces nouveaux statuts s’inscrivent dans la continuité des orientations prises durant le précédent pontificat. Ils intègrent en particulier les dispositions de la Constitution apostolique Praedicate Evangelium de 2022, qui confiait à la commission la tâche d’aider les diocèses et institutions religieuses à mettre en place des « procédures appropriées » pour protéger les mineurs, notamment par la diffusion de « lignes directrices ». Ce texte avait également rattaché la commission au Dicastère pour la Doctrine de la foi (DDF), alors qu’elle était auparavant indépendante.

Léon XIV confirme cette organisation et insiste sur la nécessité d’une collaboration étroite entre la commission et le Dicastère pour la Doctrine de la foi. Le président de la commission, actuellement Mgr Thibault Verny, devient ainsi responsable des « rapports institutionnels » avec ce dicastère et en est membre de droit, tout comme son secrétaire (Mgr Luis Manuel Alí Herrera). De son côté, le préfet du Dicastère pour la Doctrine de la foi, le cardinal Victor Manuel Fernandez, désigne un ou plusieurs observateurs appelés à participer aux assemblées. Le texte consacre en outre deux articles aux « lignes directrices » que la commission doit promouvoir, tout en rappelant qu’elles doivent être mises en œuvre « dans le respect des spécificités locales » et en tenant compte des exigences du droit civil.

 

Création de lieux d’accueil

Les statuts intègrent également les dispositions du Motu proprio Vos estis lux mundi de 2019, qui imposait à chaque diocèse la mise en place de dispositifs accessibles au public pour signaler les abus. Léon XIV réaffirme l’importance de ces structures et encourage la création de lieux d’accueil où les victimes sont prises en charge avec dignité, bénéficiant d’une écoute attentive, d’un accompagnement spirituel ainsi que d’une aide médicale et psychologique. Il précise désormais que la commission peut alerter directement les autorités compétentes en cas de « violations répétées des règles ou de graves lacunes » dans ces dispositifs.

De plus, les statuts citent pour la première fois le rapport annuel mondial sur les abus que doit produire la commission depuis que François l’a demandé à ses membres – de manière informelle – dans un discours en 2022. Le premier rapport de ce type a été présenté en 2024. Léon XIV exige que la commission fournisse dans ce document un « compte rendu fiable des politiques et des initiatives mises en œuvre par l’Église en matière de protection », en formulant des propositions d’amélioration. Il demande qu’il soit divisé en deux parties, la première consacrée à une perspective universelle, la seconde aux activités menées au niveau local.

Léon XIV encadre aussi le mode de rédaction du rapport par ses 23 membres. Ce texte devra être précédé d’un « instrument de travail » qui sera toujours transmis aux autorités concernées (Curie, diocèse, ordre religieux) afin qu’elles puissent formuler des « observations ». Puis ces dernières seront prises en compte dans la rédaction du rapport, dont la publication reste soumise à l’approbation du pape.

Un nouveau conseil exécutif

Le pape Léon XIV souligne aussi « l’objectif synodal de la commission dans le cadre d’un dialogue avec les Églises locales et les dicastères » à travers les groupes de travail de la commission. Il insiste sur le fait que celle-ci doit se mettre au service des évêques quand ceux-ci effectuent leur visite ad limina à Rome afin de rencontrer le pape et les responsables des différents dicastères. Ces rencontres doivent en outre nourrir la rédaction du rapport annuel.

Une nouveauté spécifique à Léon XIV est la création d’un conseil exécutif de la commission, constitué de son président, de son secrétaire et de trois « commissaires » choisis parmi les membres et officials de la commission. Ce conseil doit se réunir tous les mois, en présentiel ou par visioconférence — contre deux fois par an pour l’assemblée plénière de la commission — et a pour but de favoriser la circulation du « flux d’informations », de fournir des objectifs quinquennaux, annuels et semestriels à la commission et de vérifier leur application.

Le pape américain encadre aussi le rôle des consulteurs régionaux (nommés pour deux ans renouvelables), d’éventuels collaborateurs externes, mais aussi de tout le personnel de la commission. Cette dernière compte désormais un « administrateur » en charge de sa comptabilité. « Ces statuts marquent une étape importante dans le renforcement de notre responsabilité commune de protéger et de prendre soin des plus vulnérables », a réagi le président de la commission, Mgr Verny, dans un communiqué. L’archevêque de Chambéry assure que ces évolutions sont le « fruit d’une écoute attentive des victimes et des survivants, des experts en matière de protection, ainsi que de l’expérience des Églises locales », et le signe que « la protection reste une priorité absolue » pour le Saint-Siège.

 

10 août 2026